Les deux sont admis, l’Académie a une préférence
« Auteure » et « autrice » sont tous deux corrects. En février 2019, l’Académie française a adopté un rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions qui reconnaît les deux formes. Elle constate que « auteure » est plus répandue dans l’usage, mais juge « autrice » mieux formée. Le masculin employé pour une femme — « elle est l’auteur du livre » — reste possible, mais recule nettement.
La question n’est donc plus de savoir si l’on peut féminiser, mais comment. Et sur ce point, la France est partagée.
Autrice, le féminin le plus ancien
Contrairement à une idée répandue, autrice n’est pas un néologisme militant. Le mot vient du latin auctrix, féminin régulier d’auctor, et il a été employé en français pendant des siècles. Il suit la même mécanique que actrice, directrice, institutrice ou rédactrice : à un masculin en -teur répond un féminin en -trice. C’est cette régularité qui fait dire à l’Académie qu’il est « plus satisfaisant ».
Le mot a ensuite été écarté, à partir du XVIIe siècle, par des grammairiens qui estimaient que certaines fonctions n’avaient pas de féminin parce qu’elles n’étaient pas censées être exercées par des femmes. Son retour récent est donc, au sens propre, une restauration.
Auteure, le féminin venu du Québec
Auteure a une histoire beaucoup plus courte. Selon l’historienne Éliane Viennot, la forme a été créée dans les années 1970 et 1980 pour combler l’absence de féminin en usage. Elle s’est imposée d’abord au Québec, où l’administration a féminisé les titres bien avant la France, puis en Suisse et en Belgique, avant de gagner l’Hexagone.
Son principal atout est aussi celui que lui reprochent ses détracteurs : à l’oral, on n’entend pas la différence avec le masculin. Pour les uns, c’est une transition douce qui ne heurte pas l’oreille ; pour les autres, c’est un féminin invisible, qui ne se voit qu’écrit. Les mêmes débats entourent professeure, docteure ou écrivaine.
Un vote qui dépasse l’orthographe
Les maisons d’édition, les prix littéraires et les médias ont chacun tranché à leur manière, si bien qu’on croise les deux formes sur une même table de librairie. Ce compteur ne dira pas laquelle est juste — les deux le sont. Il dira laquelle les lecteurs préfèrent, ce qu’aucune institution ne mesure aujourd’hui.
Le troisième camp, celui du masculin pour tous, est ouvert lui aussi. Son score dira à quel point la féminisation, contestée il y a vingt ans, est devenue une évidence ou reste une affaire de goût.
Sources : rapport de l’Académie française sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions (28 février 2019) ; Éliane Viennot, travaux sur l’histoire du féminin en français ; Trésor de la langue française informatisé, entrée « auteur ».