La règle des grammaires : « chez » pour les personnes
La forme recommandée est « aller chez le coiffeur ». Les grammaires normatives réservent chez aux personnes — on va chez le médecin, chez le boulanger, chez sa grand-mère — et à aux lieux : on va à la boulangerie, au cabinet médical, au salon de coiffure. « Aller au coiffeur » est donc jugé familier, voire fautif, par la plupart des ouvrages de conseil. Mais il est si fréquent qu’il passe inaperçu dans la conversation.
Ce duel ne porte pas sur une orthographe : il porte sur une préposition qui révèle, mieux que bien des accents, d’où l’on vient et à qui l’on parle.
Chez, un ancien mot pour « maison »
La préposition chez a une étymologie étonnante : elle vient du latin casa, la maison, la même racine qui a donné l’italien et l’espagnol casa. Aller chez quelqu’un, c’est littéralement aller « en la maison de » quelqu’un. Le mot porte donc en lui l’idée d’une personne qui vous reçoit, ce qui explique qu’on l’emploie devant un nom de personne et jamais devant un nom de lieu : on ne va pas « chez la gare ».
Dans cette logique, le coiffeur est un artisan qui accueille ses clients chez lui, au sens propre : la boutique de l’artisan était longtemps aussi son domicile.
Pourquoi « au » s’est imposé
Le glissement s’explique par la façon dont on pense aujourd’hui ces commerces. Le coiffeur n’est plus une personne qu’on visite, c’est un lieu où l’on va, au même titre que le supermarché ou la piscine. Le nom du métier finit par désigner l’établissement — c’est la même métonymie que celle qui fait dire « je passe au garage » pour « chez le garagiste ».
Certains observateurs de la langue défendent d’ailleurs « au coiffeur » avec un argument de fond : le maintien du « chez » serait davantage un marqueur social qu’une nécessité grammaticale. L’argument divise, mais il rappelle qu’une règle de préposition est aussi une règle de bonne société.
Une préposition qui situe
« Au coiffeur », « au docteur », « au dentiste » sont particulièrement fréquents à l’oral et dans certaines régions, et l’on remarque volontiers les tournures des autres. C’est ce qui rend ce match intéressant : chacun pense que sa formule est la normale, et découvre l’autre en déménageant ou en corrigeant une copie.
Le compteur dira si la règle tient toujours ou si l’usage a déjà basculé. On peut parier que le résultat dépendra beaucoup de la façon dont on se pose la question : il est plus facile de choisir « chez » quand on y réfléchit que de le dire spontanément devant le miroir de la salle de bains.
Sources : Trésor de la langue française informatisé, entrées « chez » et « coiffeur » ; étymologie latine (casa) donnée par le TLFi ; règles d’emploi de chez et à exposées dans les grammaires de référence.