Fatigant ou fatiguant ?

Un trajet fatigant, mais en fatiguant ses jambes.

Une journée fatigante
Une journée fatiguante

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Les arguments de chaque camp

😮‍💨 Une journée fatigante

L’adjectif, sans u : devant un a, le g est dur tout seul.

😴 Une journée fatiguante

La graphie calquée sur le verbe, juste pour le participe (« en fatiguant »), fautive pour l’adjectif.

Ce que disent les chiffres

Personne n’a encore voté : ce débat vient tout juste d’ouvrir, et la première voix donnée sera la première ligne de son histoire.

Un trajet fatigant, en fatiguant ses jambes

Les deux orthographes existent, mais pas pour le même emploi. Fatigant, sans u, est l’adjectif : un trajet fatigant, une semaine fatigante, des enfants fatigants. Fatiguant, avec un u, est le participe présent du verbe : il décrit une action en cours et reste invariable — « en fatiguant ses adversaires, il a gagné le match ». Dans l’immense majorité des phrases de la vie courante, c’est donc l’adjectif qu’il faut, sans u.

La règle est simple à énoncer et redoutable à appliquer, parce qu’elle contredit l’intuition : le mot vient de fatiguer, et l’œil s’attend à retrouver le gu du verbe.

Pourquoi le u disparaît

Le u de fatiguer n’est pas une lettre prononcée, c’est un outil. Il sert à maintenir le son dur du g devant e et i : sans lui, on lirait « fatijer ». Devant un a, le g est dur de lui-même, et le u devient inutile. L’adjectif, issu de l’ancienne langue, a suivi cette logique phonétique.

Le participe présent, lui, est fabriqué régulièrement à partir du radical du verbe — fatigu- — et garde donc le u par souci de cohérence avec toute la conjugaison : je fatigue, nous fatiguons, en fatiguant. Deux mots, deux logiques, et une seule prononciation.

Toute une famille de doublons

Le français compte une petite série de ces paires que l’orthographe distingue et que l’oreille confond : intrigant et intriguant, navigant et naviguant, extravagant et extravaguant. Avec un autre jeu de lettres, la même mécanique produit convaincant et convainquant, provocant et provoquant, communicant et communiquant, ou encore différent et différant.

Le test de survie est toujours le même : si l’on peut mettre le mot au féminin ou le précéder de « très », c’est un adjectif, et il s’écrit sans u. Si l’on peut ajouter « en » devant, c’est le participe, et il garde le u.

La faute la plus partagée de France ?

« Fatigant ou fatiguant » fait partie des questions d’orthographe les plus tapées dans les moteurs de recherche, alors que bien des pièges réputés plus difficiles le sont beaucoup moins. C’est le signe que la règle est connue de loin, sans être maîtrisée : beaucoup savent qu’il y a un piège, sans se souvenir de quel côté il se trouve. Les réformes orthographiques de 1990, qui ont simplifié de nombreux points, n’ont pas touché à ces doublons.

Ce compteur pose donc une question simple : dans une phrase comme « cette journée était vraiment… », que tapez-vous spontanément ? Le score mesurera la part de ceux qui ont intégré la règle — et celle de ceux qui s’en remettent au correcteur automatique.

Sources : entrées « fatigant » et « fatiguer » du Trésor de la langue française informatisé et du Petit Robert ; liste des adjectifs verbaux distincts des participes présents dans les grammaires de référence ; rapport du Conseil supérieur de la langue française sur les rectifications de 1990.