Le ou la wifi ?

Un mot inventé de toutes pièces, qui n’hérite du genre de personne.

Le wifi
La wifi

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Les arguments de chaque camp

📶 Le wifi

Le masculin, par sous-entendu du réseau, du signal, du système — le réflexe habituel du français devant un emprunt opaque.

📡 La wifi

Le féminin, par sous-entendu de la connexion, de la technologie, de la norme. Exactement le même mécanisme, un autre mot implicite.

Ce que disent les chiffres

Personne n’a encore voté : ce débat vient tout juste d’ouvrir, et la première voix donnée sera la première ligne de son histoire.

Un mot qui ne veut rien dire

Avant de lui chercher un genre, il faut savoir ce qu’on nomme. Contrairement à une croyance tenace, Wi-Fi n’est pas l’abréviation de « wireless fidelity ». Le nom a été fabriqué en 1999 par une agence de branding, Interbrand, à qui l’on demandait de trouver quelque chose de plus vendeur que le nom réel de la norme : IEEE 802.11b Direct Sequence. Le slogan « The Standard for Wireless Fidelity », ajouté ensuite, a semé la confusion avant d’être abandonné — l’un des dirigeants de l’alliance a reconnu publiquement que l’expression ne signifiait rien.

Le mot est donc une sonorité, choisie par écho à hi-fi. C’est un point qui compte pour ce débat : un mot sans étymologie ne peut hériter du genre de rien. Il n’y a pas de mot latin, pas de mot d’origine, pas de nom sous-jacent auquel se raccrocher. Le genre est entièrement à attribuer.

Deux raisonnements, deux genres

Le camp du masculin sous-entend un nom masculin : le réseau, le signal, le système sans fil. C’est le mécanisme habituel du français devant un sigle ou un emprunt opaque — on lui prête le genre de la catégorie à laquelle il appartient. Il explique un SMS (un message), la SNCF (une société), le Wi-Fi (un réseau).

Le camp du féminin sous-entend un autre nom, tout aussi légitime : la connexion, la technologie, la norme. Le raisonnement est identique, seul le nom implicite change — et rien dans la langue ne dit lequel des deux il faut choisir. C’est exactement la même mécanique qui fait hésiter devant app, covid ou IA.

Le précédent covid, qui a fait beaucoup de bruit

Le cas est utile parce qu’il a été tranché sous les yeux de tout le monde. En mai 2020, l’Académie française a recommandé « la covid », au motif que l’acronyme repose sur disease, « maladie », nom féminin. La recommandation a heurté un usage masculin déjà massivement installé, et deux ans plus tard les deux formes cohabitaient encore. Moralité applicable ici : quand un emprunt s’installe avant que l’autorité ne se prononce, l’usage prend une avance qu’il ne rend pas facilement.

Ce que recommandent les textes officiels

La Commission d’enrichissement de la langue française ne tranche pas la question du genre : elle recommande un autre mot. Le terme français publié au Journal officiel est « l’accès sans fil à l’internet », avec l’abréviation ASFI — une proposition dont on peut mesurer le succès à la fréquence avec laquelle on l’entend dans une gare ou un café.

Reste que Wi-Fi est, juridiquement, une marque déposée de la Wi-Fi Alliance, comme l’ont été Frigidaire ou Kleenex avant de glisser vers le nom commun. Ce glissement est précisément ce qui rend la question du genre pertinente : on ne se demande pas le genre d’une marque, on se demande celui d’un mot devenu ordinaire.

C’est ce que ce match observe. Aucun dictionnaire ne condamne l’une des deux formes, aucune autorité n’a rendu d’arbitrage, et le mot est prononcé des dizaines de fois par jour dans le pays. Rarement un compteur aura été aussi près de faire office de dictionnaire.

Sources : Wi-Fi Alliance (origine du nom, marque déposée) ; déclarations de Phil Belanger, membre fondateur de l’alliance, sur l’absence de sens de « wireless fidelity » ; norme IEEE 802.11 ; recommandation de l’Académie française sur « covid », mai 2020 ; terme « accès sans fil à l’internet » publié au Journal officiel par la Commission d’enrichissement de la langue française.