Les deux formes sont admises. Madame la maire est la forme recommandée : l’administration l’emploie depuis la circulaire de 1998, et l’Académie française l’accepte depuis 2019. Madame le maire n’est pas une faute pour autant : c’est l’usage traditionnel, qui traite le titre comme une fonction plutôt que comme la personne qui l’exerce.
Une querelle qui a une date de fin : février 2019
Contrairement à la plupart des débats de cette catégorie, celui-ci a connu un basculement officiel et datable. Le 28 février 2019, l’Académie française adopte un rapport intitulé La féminisation des noms de métiers et de fonctions et lève l’obstacle de principe qu’elle opposait depuis des décennies. Elle y reconnaît qu’il n’existe « aucun obstacle de principe » à la féminisation des noms de métiers, de fonctions et de titres. Après plus de trente ans de résistance, l’institution qui servait d’argument massue au camp du masculin a changé d’avis.
Le camp adverse avait pris de l’avance depuis longtemps. La circulaire du 6 mars 1998, signée par le Premier ministre Lionel Jospin, demandait déjà aux administrations d’employer les formes féminines dans leurs textes. Vingt ans séparent donc l’instruction administrative de l’assentiment académique — un écart qui explique à lui seul pourquoi deux personnes peuvent avoir appris deux vérités opposées, et les défendre toutes les deux de bonne foi.
Le piège de « mairesse »
Il existe un troisième mot, et il est presque toujours mal employé. Mairesse n’a pas désigné, pendant l’essentiel de son histoire française, une femme exerçant la fonction : il désignait l’épouse du maire. Le même mécanisme a produit la préfète, la générale ou l’ambassadrice dans leur ancien sens d’épouse du titulaire — un usage qui en dit long sur l’époque qui l’a forgé.
C’est aussi pourquoi le mot a mauvaise presse en France, alors qu’il est parfaitement neutre ailleurs : au Québec, mairesse désigne sans ambiguïté la femme qui occupe la fonction, et personne n’y entend d’allusion conjugale. Un même mot, deux charges opposées de part et d’autre de l’Atlantique.
Pourquoi dit-on encore « madame le maire » ? Ce que dit la grammaire
Maire vient du latin major, « le plus grand ». Le mot est épicène de forme : rien dans sa terminaison n’impose un genre, exactement comme ministre, juge, architecte ou secrétaire. C’est le déterminant seul qui tranche — et c’est précisément ce qui rend l’hésitation possible. Personne ne se demande s’il faut dire « un boulangère ».
L’argument grammatical avancé par le camp du masculin — « le masculin s’applique à la fonction, pas à la personne » — n’a jamais reposé sur une règle écrite. Il s’agissait d’un usage administratif, respectable en tant que tel, mais qui n’avait pas plus de fondement dans la langue que la position inverse.
Un usage qui n’a pas attendu l’accord
Dans les faits, la féminisation était largement acquise dans la presse et dans la parole publique avant 2019, tandis que certains documents officiels et de nombreux conseils municipaux ont conservé « Madame le Maire » bien après. Il n’est pas rare, aujourd’hui encore, d’entendre les deux formes dans une même séance, parfois dans la même phrase.
D’où l’intérêt de compter. Ce match ne mesure pas ce qui est correct — les deux le sont, et l’une des deux formes a désormais l’onction de l’Académie. Il mesure quelque chose de plus difficile à observer autrement : à quelle vitesse un usage recule une fois que l’argument d’autorité qui le soutenait a changé de camp.
Sources : Académie française, La féminisation des noms de métiers et de fonctions, rapport adopté le 28 février 2019 ; circulaire du 6 mars 1998 relative à la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre (Journal officiel) ; entrées « maire » et « mairesse » du Trésor de la langue française et de l’Office québécois de la langue française.