Deux villes qui n’ont pas commencé au même siècle
Marseille a été fondée vers 600 avant notre ère par des marins grecs venus de Phocée, en Asie Mineure : c’est la plus ancienne ville de France, et elle avait déjà trois siècles d’existence quand la tribu gauloise des Parisii s’installe sur les bords de la Seine. Cette antériorité revient dans toutes les disputes, et elle est exacte. Elle explique aussi une bonne part du ressentiment marseillais : une ville plus vieille que la capitale, longtemps plus tournée vers la Méditerranée que vers Paris, et qui s’est retrouvée administrée depuis le nord.
Une rivalité bien plus récente qu’on ne le croit
Le paradoxe, c’est que l’opposition telle qu’on la vit aujourd’hui est jeune. Jusqu’aux années 1980, il n’y a pas de « classique » Paris-Marseille dans l’imaginaire populaire : les rivalités sportives françaises se jouaient ailleurs, et les deux villes s’ignoraient poliment. La confrontation s’est construite en une décennie, portée par la télévision et par deux clubs qui avaient besoin l’un de l’autre pour exister médiatiquement. Une rivalité fabriquée, donc — ce qui ne l’a pas empêchée de devenir parfaitement réelle.
Ce qui s’oppose vraiment
Sous le prétexte sportif, le match oppose deux modèles urbains. D’un côté, une ville dense, centralisée, où tout converge et où l’on se déplace sous terre ; de l’autre, une ville étalée le long d’un littoral, avec des quartiers qui fonctionnent comme des villages et un rapport à l’extérieur qui n’a rien à voir. Les deux villes ont d’ailleurs des reproches symétriques : Paris trouve Marseille désordonnée, Marseille trouve Paris invivable, et chacune juge l’autre à l’aune de ce qu’elle-même valorise.
S’ajoute une asymétrie que personne n’aime rappeler : Paris pèse dix fois plus lourd en nombre d’habitants sur son aire urbaine, mais Marseille possède quelque chose que Paris n’aura jamais — la mer au bout de la rue, et un accent que le pays entier sait imiter.
Lisez ce score avec précaution
C’est le match de ce site où le résultat sera le plus trompeur, et il vaut mieux le dire tout de suite. Un vote en ligne mesure la mobilisation, pas la population : la fierté d’appartenance est notoirement plus intense à Marseille qu’à Paris, où beaucoup d’habitants ne sont pas nés et ne se sentent aucune obligation de défendre la ville. Autrement dit, un écart en faveur de Marseille serait attendu, et ne dirait rien de la démographie.
Le chiffre intéressant n’est donc pas le vainqueur, mais l’ampleur : c’est elle qui mesure l’écart de ferveur entre deux villes qui ne se défendent pas avec la même énergie.
Sources : données historiques sur la fondation de Massalia et de Lutèce (notices des musées d’histoire de Marseille et de Paris) ; données de population des aires urbaines, Insee.