Les deux s’écrivent, et c’est bien le problème
« Pas de souci » et « pas de soucis » sont tous deux corrects. Après la négation pas de, le nom se met au singulier ou au pluriel selon ce qu’on a en tête : un seul tracas éventuel, ou l’ensemble des tracas possibles. On écrit « pas de pain » mais « pas d’enfants », « pas de chance » mais « pas de vacances ». Le singulier est souvent conseillé par analogie avec « aucun souci », qui ne prend jamais de s, mais le pluriel n’est pas une faute.
Le vote porte donc sur une préférence, et pas seulement sur l’orthographe : il y a un troisième camp, qui pense que la formule elle-même est de trop.
Ce que l’Académie reproche à la formule
L’Académie française s’en est prise non pas au s mais à l’expression. Dans sa rubrique « Dire, ne pas dire », elle la classe parmi les tournures qu’on entend « trop souvent » et propose des remplacements selon la situation : un simple « oui », « cela ne pose aucune difficulté », ou « ne vous inquiétez pas ». Son grief tient au sens : on répond « pas de souci » à quelqu’un qui n’a exprimé aucune inquiétude, ce qui introduit l’idée de problème là où il n’y en avait pas.
Le reproche a fait réagir. Plusieurs linguistes ont rappelé que la formule n’a plus grand-chose à voir avec le souci : elle fonctionne comme une marque d’accord détendu, l’équivalent du « no worries » australien ou du « all right » anglais. Une expression peut perdre son sens littéral sans perdre sa légitimité — c’est même l’histoire de la plupart des formules de politesse.
Une expression de son époque
« Pas de souci » s’est imposé dans les années 2000, d’abord à l’oral puis dans les échanges professionnels écrits, où il a supplanté « pas de problème » sans qu’on sache très bien pourquoi. Le Petit Robert l’enregistre sous la forme « (y a) pas de souci », glosée « il n’y a pas de problème ». C’est typiquement le genre de tournure qui sert de marqueur générationnel : les uns l’emploient sans y penser, les autres l’entendent à chaque fois.
Le pluriel, lui, gagne du terrain à l’écrit pour une raison toute pratique : il « sonne » plus généreux, et le correcteur automatique ne le signale jamais. Le singulier reste majoritaire dans les ouvrages qui donnent un conseil, mais les messages et les mails disent autre chose.
Ce que mesure ce compteur
Trois réponses, donc. Les deux graphies, qui départagent les partisans du « souci » unique et ceux des « soucis » en général. Et l’abstention de principe, pour celles et ceux qui répondent « volontiers » ou « bien sûr » et trouvent que la question ne devrait pas se poser. Si ce troisième camp pèse, il dira quelque chose de la résistance réelle aux tics de langage — un sujet dont on parle beaucoup et qu’on mesure rarement.
Sources : rubrique « Dire, ne pas dire » de l’Académie française ; Petit Robert, entrée « souci » ; analyses publiées par The Conversation et Slate sur l’usage de « pas de souci ».