Un ou une astérisque ?

Du grec « petite étoile ». Et pourtant, tout le monde hésite.

Un astérisque
Une astérisque

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Les arguments de chaque camp

⭐ Un astérisque

Le masculin, seule forme correcte — du grec asteriskos, « petite étoile », comme obélisque et pétale.

✨ Une astérisque

Le féminin, produit d’un réflexe sonore : plaque, brique, marque, banque — la finale en -que sonne féminin.

Ce que disent les chiffres

Personne n’a encore voté : ce débat vient tout juste d’ouvrir, et la première voix donnée sera la première ligne de son histoire.

Le mot est masculin, et ce n’est pas discuté

On écrit « un astérisque ». Le mot est masculin dans tous les dictionnaires, sans variante enregistrée. Pourtant, à l’oral comme dans les copies, le féminin est si répandu qu’il passe inaperçu chez la plupart des locuteurs, y compris ceux qui manient le mot professionnellement.

L’origine du mot ne laisse aucune place au doute : du grec asteriskos, « petite étoile », diminutif de astêr, l’étoile — la même racine que dans astronomie, astronaute ou désastre, ce dernier désignant littéralement une mauvaise étoile. Le latin asteriscus l’a transmis au français au XVIe siècle, masculin de bout en bout.

La finale en -que, grande pourvoyeuse d’erreurs

Le coupable est un réflexe sonore. En français, la terminaison -que évoque le féminin parce que les mots les plus courants qui la portent le sont : une plaque, une brique, une marque, une banque, une époque. Le locuteur applique une régularité qui n’en est pas une, et l’étoile typographique en fait les frais.

Le mot appartient d’ailleurs à une petite famille de masculins piégeux qu’on peut réciter comme une liste noire : un astérisque, un obélisque, un pétale, un tentacule, un intervalle, un augure, un haltère. Chacun d’eux se fait régulièrement féminiser, et pour le même motif — la finale sonne comme celle d’un autre genre. Le cas inverse existe aussi, avec une oasis ou une échappatoire, régulièrement masculinisés.

L’obélisque, son voisin de famille

La comparaison mérite un mot, parce qu’elle est instructive. Obélisque vient de obeliskos, « petite broche », et désignait en typographie ancienne un signe critique — la dague † — utilisé, comme l’astérisque, pour marquer un passage douteux dans les manuscrits d’Alexandrie. Les deux mots sont donc frères par le sens comme par le genre, et se font féminiser avec la même constance.

Un signe dont l’usage a explosé

L’astérisque a changé de statut depuis vingt ans. Signe d’érudition et d’appel de note, il est devenu un outil du quotidien : il masque les caractères d’un mot de passe, marque les champs obligatoires d’un formulaire, censure un juron, ouvre le renvoi vers les conditions écrites en petit d’une offre commerciale. Un mot qu’on lisait est devenu un mot qu’on prononce — et c’est en le prononçant qu’on lui donne un genre.

Ce match mesure donc quelque chose d’assez rare : la vitesse à laquelle un mot savant, promu à l’usage général par la technique, se fait réattribuer un genre par l’oreille de ceux qui l’emploient. La règle est claire ; ce compteur dira si elle est encore suivie.

Sources : entrées « astérisque » et « obélisque » du Dictionnaire de l’Académie française (9e édition), du Trésor de la langue française informatisé et du Petit Robert ; étymologie grecque et latine donnée par le TLFi.