Ici, il y a une bonne réponse
La plupart des duels de cette catégorie opposent deux formes également admises. Pas celui-ci. Tique est un nom féminin : on dit une tique, et tous les dictionnaires s’accordent — Académie, Petit Robert, Larousse, Trésor de la langue française. Aucun ne mentionne d’usage masculin, même en variante régionale ou vieillie.
Ce match est donc d’une autre nature que ses voisins : il ne mesure pas un partage entre deux normes, mais l’écart entre la norme et ce que les gens disent réellement. C’est un sujet que les linguistes observent depuis toujours et que le grand public voit rarement chiffré.
Pourquoi tant de gens disent « un tique »
La responsabilité est presque entièrement portée par un homonyme. Tic, le mouvement involontaire — « un tic nerveux » —, est masculin, s’écrit sans que, et se prononce exactement comme tique. À l’oral, rien ne distingue les deux mots ; le cerveau attrape le genre du plus familier, et l’animal hérite du masculin du geste.
S’y ajoute un second phénomène, plus discret : les noms de petites bêtes hésitent volontiers en français. On entend « un » et « une » devant mite, et la terminaison en -que n’aide personne — elle donne des mots des deux genres sans logique apparente : une plaque, un casque, une banque, un masque.
Deux mots sans rapport, malgré les apparences
Tique et tic n’ont aucune parenté. L’animal vient du moyen néerlandais teke, la même racine germanique qui a donné l’anglais tick ; le mot entre en français par les parlers du Nord. Tic, lui, est d’origine onomatopéique et n’apparaît qu’au XVIIe siècle, d’abord à propos du cheval. Deux histoires distinctes, arrivées par hasard à la même prononciation.
Signalons au passage le troisième larron, qui brouille encore la piste : le verbe tiquer, « manifester sa contrariété », dérive du tic équin, pas de l’acarien. Une personne qui tique ne se fait mordre par rien du tout.
Un mot que l’actualité a rendu fréquent
Le mot est aujourd’hui bien plus employé qu’il y a trente ans, pour une raison qui n’a rien de linguistique : l’extension de l’aire des tiques en France et la notoriété croissante de la maladie de Lyme ont fait entrer l’animal dans la conversation courante, les campagnes de prévention et les notices de pharmacie. Or les mots qui reviennent souvent voient leurs hésitations de genre se figer.
C’est ce qui rend ce compteur intéressant. Si le masculin l’emporte largement dans les votes, il ne s’agira pas d’une faute isolée mais d’un usage installé — le genre de situation où, à terme, les dictionnaires finissent par enregistrer une variante. Ils ne l’ont pas fait pour l’instant, et c’est justement le moment où la mesure a une valeur.
Sources : entrées « tique », « tic » et « tiquer » du Trésor de la langue française informatisé (ATILF-CNRS), du Dictionnaire de l’Académie française et du Petit Robert ; étymologie germanique donnée par le TLFi.